# À la découverte des marchés locaux les plus typiques de Tanzanie

La Tanzanie, terre de contrastes spectaculaires entre les plaines du Serengeti et les plages immaculées de Zanzibar, abrite également un réseau fascinant de marchés traditionnels qui constituent le véritable cœur battant de son identité culturelle. Ces espaces commerciaux millénaires, où se croisent depuis des siècles commerçants swahilis, pasteurs maasaï, artisans makonde et pêcheurs océaniques, offrent bien plus qu’une simple expérience d’achat : ils représentent des lieux de transmission culturelle, des vitrines du savoir-faire ancestral et des témoignages vivants de la diversité ethnique exceptionnelle du pays. Chaque marché raconte une histoire unique, reflétant les spécificités géographiques, historiques et sociales de sa région, tout en perpétuant des traditions commerciales qui remontent parfois à l’époque des sultanats omanais et des routes caravanières transsahariennes.

Marché de kariakoo à dar es salaam : plongée dans le plus grand souk d’afrique de l’est

Au cœur de la capitale économique tanzanienne, le marché de Kariakoo s’impose comme une véritable institution commerciale dont l’effervescence débute avant l’aube et se prolonge jusqu’à la tombée de la nuit. Avec ses 16 hectares de superficie et ses milliers d’étals permanents, ce gigantesque complexe commercial attire quotidiennement plus de 100 000 visiteurs venus de tous les quartiers de Dar es Salaam et des régions environnantes. L’atmosphère y est intense, presque hypnotique, avec une cacophonie de langues – swahili, anglais, dialectes tribaux – qui se mêlent aux négociations animées, aux appels des vendeurs et au ballet incessant des transporteurs manœuvrant leurs chariots surchargés dans les allées étroites du marché.

Architecture swahilie et organisation spatiale du marché kariakoo

L’architecture du marché Kariakoo témoigne de l’influence coloniale allemande du début du XXe siècle, avec sa structure en fer forgé et ses toits en tôle ondulée qui créent une ombre bienvenue sous le soleil équatorial. Le bâtiment principal, construit en 1974 sur les fondations d’un marché plus ancien datant de 1903, présente une organisation rationnelle en sections thématiques : produits frais, textiles, quincaillerie, électronique et artisanat. Cette segmentation facilite la navigation pour les habitués, bien que les visiteurs novices puissent rapidement se perdre dans ce dédale commercial où chaque tournant révèle de nouvelles marchandises et de nouveaux visages. Les couloirs principaux, larges de plusieurs mètres, contrastent avec les ruelles secondaires où l’on progresse difficilement tant la densité humaine est importante aux heures de pointe.

Commerce des épices zanzibarites : clous de girofle, cardamome et safran des indes

La section épices du marché Kariakoo constitue une expérience sensorielle à part entière, où les arômes puissants de la cardamome verte, du curcuma doré et des clous de girofle séchés créent une symphonie olfactive caractéristique. Les marchands d’épices, souvent originaires de Zanzibar ou descendants de commerçants arabes établis depuis plusieurs générations, disposent leurs marchandises dans des sacs de jute ouverts ou des pyramides colorées méticuleusement construites. On y trouve également des mélanges d’épices préparés selon des recettes familiales jalousement gardées : le pilau masala pour les plats de riz épicés,

le biryani masala pour les plats plus raffinés, ou encore des mélanges destinés aux infusions médicinales. Vous pourrez également acheter de petites boîtes d’épices de Zanzibar déjà conditionnées, faciles à glisser dans une valise et très appréciées comme souvenirs. Pensez à comparer les prix entre plusieurs étals et à discuter avec les vendeurs : ils vous expliqueront volontiers comment doser chaque épice pour réussir un pilau ou un curry de poisson tanzanien à la maison. Comme souvent dans les marchés locaux de Tanzanie, le marchandage reste de mise, mais toujours dans la bonne humeur et le respect mutuel.

Section textile et tissus kanga : symbolique des proverbes swahilis imprimés

À quelques allées de la section des épices, la zone dédiée aux textiles transforme Kariakoo en un véritable océan de couleurs. Les étals débordent de rouleaux de kanga et de kitenge, ces tissus emblématiques de l’Afrique de l’Est, utilisés aussi bien pour les vêtements du quotidien que pour des occasions spéciales. Le kanga, vendu généralement par paire, est reconnaissable à sa bordure décorative et à l’inscription d’un proverbe en swahili au centre, appelé ujumbe (message). Pour les voyageur·euse·s curieux·ses, déchiffrer ces phrases proverbiales est une fascinante porte d’entrée dans la culture tanzanienne.

Les messages imprimés sur les kangas peuvent exprimer des vœux de paix, des encouragements, voire des avertissements subtils, souvent échangés entre femmes de la communauté. Offrir un kanga, c’est un peu comme envoyer une carte postale codée : la phrase choisie révèle l’intention de celle qui l’offre. N’hésitez pas à demander aux vendeurs de traduire les proverbes, ou à photographier les inscriptions pour les faire traduire plus tard si la foule vous presse. En achetant vos tissus au marché Kariakoo, vous soutenez directement les grossistes et détaillants locaux qui font vivre ce commerce textile florissant. Vous pourrez ensuite faire confectionner une robe, une chemise ou un sac chez un tailleur des environs, qui travaille souvent à quelques mètres seulement de l’étal où vous aurez choisi votre tissu.

Artisanat makonde et sculptures en ébène du plateau de newala

Si les textiles attirent immédiatement l’œil, l’artisanat en bois, lui, captive par sa profondeur symbolique. Dans la section artisanat du marché Kariakoo, vous trouverez des sculptures makonde venues principalement du sud du pays, autour du plateau de Newala, près de la frontière mozambicaine. Ces œuvres sont traditionnellement taillées dans du bois d’ébène ou de mninga (un bois dur local), matériaux denses et foncés qui donnent aux pièces une présence presque sculpturale. Les motifs les plus célèbres sont les “Tree of Life” (arbres de vie), où des personnages s’entrelacent verticalement, ainsi que les masques rituels aux traits stylisés.

Dans le contexte des marchés locaux en Tanzanie, les sculptures makonde occupent une place à part, à la croisée de l’objet d’art et du témoin ethnographique. Les artisans ou revendeurs sauront souvent vous expliquer la signification de certaines figures : ancêtres protecteurs, esprits de la forêt, scènes de la vie quotidienne. Pour choisir une pièce de qualité, observez la finesse des détails, la régularité du polissage et le poids de la sculpture – l’ébène est particulièrement lourd. Méfiez-vous toutefois des contrefaçons en bois teints : n’hésitez pas à poser des questions, à toucher la matière et à regarder l’intérieur des sculptures lorsque c’est possible. Investir dans une pièce makonde, c’est rapporter chez soi une part de l’âme artistique de la Tanzanie.

Mto wa mbu market : carrefour ethnique entre le lac manyara et ngorongoro

À environ deux heures de route à l’ouest d’Arusha, le village de Mto wa Mbu est une étape incontournable sur la route du lac Manyara et du cratère du Ngorongoro. Son marché central, plus modeste que Kariakoo mais tout aussi animé, est célèbre pour sa diversité ethnique exceptionnelle : on dit qu’on y retrouve des représentants de plus de 120 groupes tribaux de Tanzanie. Cette mosaïque humaine se reflète dans les produits vendus, les langues parlées et les styles vestimentaires, faisant du marché de Mto wa Mbu un véritable laboratoire vivant de la culture tanzanienne. Pour qui souhaite comprendre comment les marchés locaux structurent la vie sociale, c’est un passage obligé.

Produits maraîchers des irrigations du rift : bananes rouges et tamarillos

Le village de Mto wa Mbu bénéficie d’un système d’irrigation particulièrement développé, alimenté par les eaux descendant des falaises de la vallée du Rift. Résultat : les étals du marché regorgent de produits maraîchers en toutes saisons, offrant une variété impressionnante de bananes, mangues, tomates et légumes-feuilles. Parmi les curiosités à ne pas manquer, les bananes rouges, plus sucrées et parfumées que les variétés classiques, ainsi que les tamarillos, petits fruits ovoïdes à la peau rouge, parfois appelés “tomates en arbre”. Ces fruits, souvent méconnus des visiteurs, sont riches en vitamines et très appréciés dans la cuisine locale.

En vous promenant dans les allées, vous verrez aussi des bottes de manioc, des arachides fraîchement récoltées, du maïs encore dans sa cosse et des avocats géants typiques de la région. Les producteurs viennent directement de leurs champs, parfois à vélo ou en charrette, ce qui garantit une fraîcheur maximale. Vous voulez goûter un produit sans forcément acheter au kilo ? N’hésitez pas à demander une petite quantité ou à partager un fruit avec votre guide : la plupart des vendeurs se montreront ravis de vous faire découvrir leurs spécialités. Comme souvent sur les marchés en Tanzanie, un simple achat devient vite un moment d’échange souriant et de découverte mutuelle.

Bières traditionnelles mbege des chagga et pombe de millet

Au-delà des fruits et légumes, le marché de Mto wa Mbu est aussi un excellent endroit pour découvrir les boissons traditionnelles, souvent introuvables dans les restaurants touristiques. Parmi elles, la mbege, une bière de banane fermentée typique du peuple Chagga, originaire des pentes du Kilimandjaro, mais très populaire dans toute la région nord. Elle est préparée à partir de bananes mûres cuites, mélangées à du mil ou du sorgho, puis fermentées dans de grands fûts. La boisson obtenue, légèrement trouble, présente un degré d’alcool modéré et un goût à mi-chemin entre le cidre doux et la bière artisanale.

Autre spécialité, la pombe de millet ou de sorgho, plus rustique, est souvent consommée dans les villages environnants lors de cérémonies ou de réunions communautaires. Sur le marché, ces boissons sont parfois vendues dans des calebasses ou des bouteilles recyclées, à consommer sur place dans de petites échoppes en bois. Si vous souhaitez goûter en toute sécurité, assurez-vous de choisir un stand fréquenté par les locaux, où la rotation des produits est rapide. Et souvenez-vous : comme pour tout alcool traditionnel, la dégustation se fait avec modération, d’autant plus si vous poursuivez ensuite votre route vers les parcs nationaux.

Batiks et peintures tinga tinga : héritage artistique d’edward saidi tingatinga

Mto wa Mbu est également réputé pour ses ateliers d’art et ses boutiques de souvenirs, où se côtoient batiks colorés et peintures dans le style Tinga Tinga. Ce courant artistique, né à la fin des années 1960 à Dar es Salaam sous l’impulsion du peintre Edward Saidi Tingatinga, se caractérise par des couleurs vives, des formes naïves et des représentations stylisées de la faune africaine. Sur le marché, de nombreux artistes reprennent et réinventent ce style, peignant sur panneaux de bois ou toiles des scènes de safaris, de villages ou de danses traditionnelles. Pour les amoureux d’art, c’est une occasion unique d’acheter directement auprès des créateurs.

Les batiks, quant à eux, sont réalisés par une technique de teinture à la cire, donnant naissance à des motifs aux contours craquelés caractéristiques. Les thèmes vont des silhouettes maasaï aux paysages du Serengeti en passant par des motifs abstraits inspirés des tissus traditionnels. Lorsque vous achetez une œuvre à Mto wa Mbu, n’hésitez pas à engager la conversation avec l’artiste : il ou elle vous expliquera souvent le processus de création, entre application de la cire chaude et superpositions de bains de teinture. Pour protéger vos achats, demandez à ce qu’ils soient roulés dans un tube en carton ou emballés dans un kanga, vous éviterez ainsi les plis et les dommages pendant le voyage.

Marché aux poissons de kivukoni à zanzibar : criée matinale et gastronomie océanique

Sur la façade maritime de Dar es Salaam, face à l’océan Indien, le marché aux poissons de Kivukoni plonge le visiteur au cœur de la vie portuaire tanzanienne. Dès les premières lueurs de l’aube, les dhows et petites embarcations de pêche accostent en file indienne, déchargeant leurs prises encore frétillantes sur les quais. La criée commence aussitôt, dans un vacarme de voix, de rires et de coups de sifflet, tandis que les mareyeurs, restaurateurs et particuliers se disputent les plus beaux spécimens. Pour qui souhaite comprendre l’importance de la mer dans l’alimentation tanzanienne, Kivukoni est un véritable livre ouvert sur la gastronomie océanique.

Espèces endémiques de l’océan indien : capitaine, barracuda et poisson-perroquet

Dans les allées carrelées de la poissonnerie, les étals exposent une incroyable diversité d’espèces, depuis les petits dagaa argentés jusqu’aux énormes thons à nageoires jaunes. Parmi les poissons les plus recherchés, le capitaine, poisson blanc à la chair ferme, est très apprécié pour les grillades et les currys de coco. Le barracuda, quant à lui, impressionne par sa taille et sa mâchoire puissante, mais se révèle délicat une fois cuisiné, notamment en brochettes marinées. Vous verrez aussi des poissons-perroquets multicolores, des vivaneaux rouges, des mérous et parfois, selon la saison, des calmars et des seiches.

Les marchés locaux de Tanzanie comme Kivukoni fonctionnent souvent selon un rythme très matinal : pour profiter du meilleur choix de poissons et observer la criée en pleine action, il est recommandé d’arriver entre 6h et 8h. Pensez à porter des chaussures fermées et à accepter de vous salir un peu : les sols sont souvent humides, et des flaques d’eau de mer se mêlent aux écailles et aux morceaux de glace. Si vous logez dans un hébergement avec cuisine, vous pouvez acheter directement votre poisson sur place et le faire préparer selon les conseils des vendeurs, qui se feront un plaisir de partager leurs recettes familiales de poissons grillés au charbon ou de samaki wa kupaka (poisson à la sauce coco épicée).

Techniques de fumage traditionnel et préparation du dagaa séché

En marge de la poissonnerie principale, vous découvrirez des zones où l’on prépare le poisson pour la conservation, notamment par fumage et séchage. Ces techniques traditionnelles, indispensables avant l’arrivée de la chaîne du froid, restent aujourd’hui encore largement utilisées pour approvisionner l’intérieur du pays. Les petits dagaa, poissons ressemblant à des anchois, sont étalés sur des nattes ou des filets, puis exposés au soleil ou à la fumée de feux de bois contrôlés. Le résultat : un produit très concentré en goût, utilisé pour parfumer des ragoûts, accompagner l’ugali ou agrémenter des sauces pimentées.

Vous verrez également de plus gros poissons ouverts en deux et suspendus sur des structures en bois au-dessus de foyers, leur chair prenant peu à peu une teinte brune ou dorée. Le fumage donne au poisson une saveur intense et garantit une conservation de plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Pour les voyageurs, ces produits peuvent être difficiles à transporter en raison de leur odeur prononcée, mais ils offrent un aperçu fascinant de la façon dont les communautés côtières gèrent leurs ressources marines. Observer ces gestes ancestraux, c’est un peu comme remonter le temps et comprendre comment l’économie maritime a façonné l’alimentation en Afrique de l’Est.

Négociation swahilie et système de troc dans les enchères maritimes

La criée de Kivukoni obéit à des règles bien rodées, mélange de négociation verbale et de codes implicites. Les enchères commencent généralement par le cri du vendeur annonçant le type de poisson et le poids approximatif, suivi d’une série de propositions rapides des acheteurs. On pourrait comparer cette scène à un théâtre improvisé, où chaque geste, chaque intonation a son importance. Les prix varient en fonction de la saison, de l’abondance des prises et de la demande des restaurateurs de Dar es Salaam et des environs.

Si vous n’êtes pas familier avec ce système, il est recommandé de vous faire accompagner d’un guide local qui pourra traduire les échanges et vous éviter de surpayer vos achats. Dans certains cas, le troc subsiste encore, notamment pour les petites quantités : un pêcheur pourra accepter de céder quelques poissons en échange de riz, de légumes ou de produits de base. Participer à ces échanges, même comme simple observateur, permet de saisir la dimension profondément communautaire du commerce en Tanzanie, où la relation humaine prime souvent sur la seule logique financière.

Maasai market à arusha : épicentre de l’artisanat pastoral et perles de verre

À Arusha, la “capitale des safaris” du nord tanzanien, le Maasai Market – parfois appelé Maasai Market Curios and Crafts – est une étape incontournable pour quiconque s’intéresse à l’artisanat traditionnel. Situé non loin de la tour de l’horloge, ce marché regroupe plusieurs dizaines d’étals alignés dans une vaste cour semi-couverte, où se pressent visiteurs étrangers, guides et artisans locaux. Si tous les vendeurs ne sont pas maasaï, une grande partie des produits proposés s’inspirent directement de l’esthétique pastorale : bijoux en perles, tissus shuka à carreaux, sandales en cuir et objets rituels. C’est l’endroit idéal pour acheter des souvenirs tout en soutenant, lorsque l’on choisit bien, l’économie des communautés pastorales.

Bijouterie maasaï authentique : colliers enkishoni et bracelets ilmooli

La bijouterie maasaï, reconnaissable entre toutes, occupe une place centrale dans les marchés locaux de Tanzanie et particulièrement à Arusha. Les femmes maasaï, souvent organisées en coopératives, confectionnent à la main des colliers enkishoni – larges parures circulaires portées lors des cérémonies – ainsi que des bracelets ilmooli aux motifs géométriques. Chaque couleur de perle a une signification : le rouge symbolise le courage et le sang du bétail, le blanc le lait et la pureté, le bleu le ciel et la pluie, essentiels à la vie pastorale. Acheter un bijou, ce n’est donc pas seulement choisir un accessoire esthétique, c’est emporter avec soi une parcelle de ce langage symbolique riche et codé.

Pour privilégier un achat éthique, vous pouvez vous renseigner sur l’origine des pièces et demander si les profits reviennent directement aux artisanes. Certaines organisations, comme des ateliers solidaires à Arusha ou Karatu, garantissent une rémunération juste et un réinvestissement dans la communauté, par exemple pour l’achat de bétail ou le financement de l’éducation des enfants. Vous remarquerez aussi que de plus en plus d’artisanes utilisent des perles en verre, plus durables et plus qualitatives que le plastique. Ce détail, en apparence anodin, participe à la préservation de la tradition tout en l’adaptant aux enjeux contemporains.

Cuirs tannés et sandales akala fabriquées en pneus recyclés

Outre les bijoux, le Maasai Market d’Arusha est réputé pour ses produits en cuir et ses sandales akala fabriquées à partir de pneus de voiture recyclés. À l’origine, ces chaussures robustes étaient portées par les guerriers maasaï lors de longues marches à travers la savane, leur semelle épaisse offrant une excellente protection contre les épines et les pierres. Aujourd’hui, elles sont devenues un symbole de débrouillardise et de recyclage créatif, très prisées par les voyageurs à la recherche de souvenirs authentiques et durables. Les artisans découpent, percent puis assemblent les semelles à la main, ajoutant parfois des lanières décorées de perles.

Dans les étals, vous trouverez aussi des ceintures, sacs et porte-monnaie en cuir tanné localement, souvent ornés de motifs pyrogravés ou de détails en perles. Pour vérifier la qualité, inspectez les coutures, la souplesse du cuir et la robustesse des boucles. Les sandales akala, quant à elles, peuvent sembler rigides au premier abord, mais elles s’assouplissent avec le temps et s’adaptent à la forme du pied. En choisissant ce type de produit sur un marché local tanzanien, vous contribuez aussi à la réduction des déchets, en donnant une seconde vie à des pneus qui auraient autrement été brûlés ou abandonnés.

Lances rungu et boucliers cérémonials : objets rituels des guerriers moran

Enfin, les étals d’Arusha exposent souvent une panoplie d’objets associés à l’univers guerrier maasaï : lances, massues rungu et boucliers décorés. Historiquement, ces objets étaient utilisés par les jeunes guerriers moran pour la défense du troupeau et de la communauté. Aujourd’hui, les exemplaires vendus sur les marchés sont généralement des versions artisanales destinées au tourisme, mais ils conservent une forte charge symbolique. Les boucliers, fabriqués en cuir tendu sur un cadre en bois, sont parfois peints de motifs rouges, noirs et blancs rappelant les couleurs du bétail et des paysages de savane.

Si vous envisagez d’acheter une lance ou un bouclier, renseignez-vous toutefois sur les réglementations douanières de votre pays : certaines pièces, notamment les lances, peuvent être considérées comme des armes et nécessiter des démarches spécifiques. Par ailleurs, il est recommandé de privilégier les artisans qui produisent ces objets à partir de matériaux durables, sans recours à des espèces protégées. Discuter avec les vendeurs permet souvent de distinguer les pièces purement décoratives, créées pour le marché, des objets ayant encore une fonction rituelle au sein des communautés maasaï.

Marché de mwenge à dar es salaam : capitale de la sculpture contemporaine tanzanienne

Dans la périphérie nord de Dar es Salaam, le marché artisanal de Mwenge est considéré comme l’un des hauts lieux de la sculpture et de l’art contemporain tanzanien. Contrairement aux marchés de produits frais, Mwenge se concentre presque exclusivement sur l’artisanat : sculptures makonde, masques, meubles en bois sculpté, tableaux Tinga Tinga, bijoux et objets décoratifs pour la maison. Les ateliers sont souvent attenants aux boutiques, ce qui vous permet de voir les artistes à l’œuvre, sciant, taillant et polissant le bois à quelques mètres seulement des pièces finies. Pour les amateurs d’art, c’est un peu comme entrer dans une galerie à ciel ouvert, mais avec la possibilité de discuter directement avec les créateurs.

La tradition makonde y côtoie des influences plus modernes, avec des sculptures abstraites, des représentations de musiciens ou de scènes urbaines, traduisant l’évolution rapide de la société tanzanienne. Les prix varient considérablement selon la taille, la complexité et la renommée de l’artiste, mais le marchandage reste la norme. Avant d’acheter une pièce importante, prenez le temps de faire le tour de plusieurs échoppes afin de comparer les styles et les tarifs. Vous pourrez aussi faire personnaliser certains objets – par exemple en gravant un prénom ou une date – ce qui en fera un souvenir unique de votre voyage en Tanzanie.

Stone town night market à zanzibar : gastronomie de rue et fusion arabo-africaine

À la tombée de la nuit, dans les jardins de Forodhani au cœur de Stone Town, l’un des marchés locaux les plus emblématiques de Tanzanie se transforme en un immense restaurant à ciel ouvert. Le Stone Town Night Market rassemble chaque soir des dizaines de stands de street food disposés en rangées serrées, éclairés par des lampes à gaz et des guirlandes électriques. L’air se remplit d’odeurs de grillades, de pain chaud et d’épices, tandis que les voix des vendeurs se mêlent au clapotis de l’océan Indien tout proche. Ici, la gastronomie zanzibarite révèle toute sa dimension de cuisine métissée, héritée des influences arabes, indiennes et africaines.

Spécialités culinaires zanzibarites : urojo, mishkaki et mandazi au tamarin

Parmi les nombreux plats proposés au Stone Town Night Market, l’urojo occupe une place particulière. Cette soupe épaisse, parfois appelée “Zanzibar mix”, combine bouillon de viande ou de légumes, pommes de terre, beignets, œufs durs, chutney de mangue verte, piment et parfois yaourt ou lait de coco. Servi dans un bol en plastique, l’urojo est une véritable explosion de saveurs, reflet de la fusion arabo-africaine propre à l’île. À côté, les mishkaki – brochettes de viande marinée dans un mélange d’épices, d’ail et de citron – grésillent sur de longs grills à charbon, répandant une odeur irrésistible dans tout le parc.

Pour les amateurs de douceurs, les mandazi, beignets légèrement sucrés souvent aromatisés à la cardamome ou au tamarin, constituent le dessert parfait pour clôturer la soirée. Vous trouverez aussi des samoussas, des chapatis, du maïs grillé et, selon les soirs, des spécialités de fruits de mer comme les calamars frits ou les crevettes au piment. Pour profiter pleinement de cette expérience de marché nocturne en Tanzanie, il est conseillé d’arriver tôt, vers 19h, avant que la foule ne devienne trop dense, et de goûter plusieurs petites portions plutôt qu’un seul plat copieux. Ainsi, vous explorerez toute la palette des saveurs zanzibarites.

Pizzas de forodhani gardens : influence indo-arabe et cuisine fusion

Impossible d’évoquer le Stone Town Night Market sans parler des fameuses “pizzas de Zanzibar”, une spécialité née précisément dans les jardins de Forodhani. Rien à voir avec la pizza italienne traditionnelle : ici, une fine pâte est garnie de viande hachée, légumes, œuf et fromage, voire de banane et de Nutella pour les versions sucrées, puis repliée comme une enveloppe et cuite sur une plaque huilée. Le résultat se rapproche davantage d’une crêpe fourrée ou d’un paratha indien, témoignant des multiples influences culinaires qui se sont croisées sur l’île.

Observer les cuisiniers préparer ces pizzas, avec une gestuelle rapide et précise, fait partie du spectacle. En quelques minutes, la pâte est étalée, garnie, repliée et dorée sur les deux faces jusqu’à devenir croustillante à l’extérieur et fondante à l’intérieur. Vous hésitez entre sucré et salé ? Rien n’empêche de goûter aux deux, surtout si vous partagez avec vos compagnons de voyage. Cette spécialité illustre parfaitement la manière dont les marchés locaux en Tanzanie sont aussi des laboratoires d’innovation gastronomique, où les traditions se réinventent au contact des goûts contemporains.

Jus de canne à sucre pressé et café arabica de mbinga

Pour accompagner vos dégustations nocturnes, ne manquez pas les stands proposant des boissons fraîches préparées à la minute. Le jus de canne à sucre, extrait par une presse manuelle qui broie les tiges sous vos yeux, est servi avec un trait de citron vert et parfois un peu de gingembre pour relever le goût. Cette boisson, à la fois énergisante et désaltérante, est très populaire sur les marchés de Tanzanie, en particulier dans les zones côtières où la chaleur peut être accablante. Dans la lumière des néons de Forodhani, voir la canne se transformer en un filet de jus doré a quelque chose de presque magique.

Les amateurs de café, eux, apprécieront de goûter au kahawa préparé avec des grains arabica en provenance des hautes terres de Mbinga, au sud-ouest du pays. Servi noir et souvent très sucré, parfois infusé avec de la cardamome ou du gingembre, ce café tanzanien offre un arôme profond et complexe, reflet des terroirs volcaniques où il est cultivé. S’asseoir un moment avec une tasse fumante, face à l’océan, tout en observant le ballet incessant des vendeurs et des familles en promenade, permet de mesurer à quel point les marchés locaux ne sont pas seulement des lieux de commerce, mais de véritables scènes de vie où se joue, chaque soir, l’âme de la Tanzanie.